Risques professionnels émergents : à quoi les entreprises doivent se préparer

La prévention des risques professionnels ne peut plus se limiter aux dangers « classiques » identifiés depuis des décennies. Le monde du travail connaît des transformations rapides et profondes : digitalisation massive, évolution des modes de management, nouvelles organisations du travail, transition environnementale, innovations technologiques, mutations sociétales.

Ces évolutions font apparaître des risques professionnels émergents : des risques encore mal connus, parfois invisibles, souvent sous-estimés, mais dont les impacts humains, organisationnels et juridiques peuvent être majeurs.

Contrairement aux risques traditionnels, ces nouveaux risques :

  • ne sont pas toujours associés à un poste précis,

  • s’installent progressivement,

  • produisent des effets différés sur la santé,

  • et échappent souvent aux outils d’évaluation standard.

Pourtant, le cadre réglementaire n’a pas changé : l’employeur reste tenu à une obligation de sécurité de résultat, incluant l’anticipation des risques, même lorsqu’ils sont émergents ou incertains.

Anticiper ces risques, ce n’est donc pas faire preuve de prudence excessive. C’est :

  • adapter la prévention à la réalité du travail actuel,

  • protéger durablement la santé des salariés,

  • sécuriser l’entreprise sur le plan juridique,

  • et renforcer sa capacité d’adaptation face aux transformations à venir.

Sommaire de l'article

Que sont les risques professionnels émergents ?

Définition et caractéristiques

Un risque professionnel émergent désigne une situation dangereuse pour la santé ou la sécurité des travailleurs qui :

  • soit vient d’être identifiée, en lien avec de nouvelles pratiques, technologies ou organisations,

  • soit existait déjà, mais dont les conditions d’exposition, l’intensité ou les effets ont évolué, modifiant profondément sa nature ou sa gravité.

Ces risques ne sont pas toujours visibles immédiatement. Ils se construisent souvent dans la durée, s’installent progressivement et produisent des effets parfois différés sur la santé physique ou mentale.

Ils se distinguent par plusieurs caractéristiques clés :

  • un manque de recul scientifique, médical ou statistique, rendant leur évaluation complexe ;

  • une sous-estimation dans les démarches de prévention classiques, souvent centrées sur les risques historiques ;

  • une difficulté d’identification par les acteurs de terrain, car ils ne correspondent pas toujours à des situations clairement dangereuses ou accidentogènes.

Les risques émergents imposent donc une approche proactive, fondée sur l’anticipation, l’analyse du travail réel et l’observation des signaux faibles, bien au-delà du simple respect des obligations réglementaires.

Pourquoi les risques émergents doivent devenir une priorité

Un cadre réglementaire qui impose l’anticipation

Le droit du travail repose sur un principe central : l’obligation générale de sécurité de l’employeur.
Cette obligation ne se limite pas aux risques connus ou documentés.

Concrètement, l’employeur doit :

  • évaluer l’ensemble des risques professionnels, y compris ceux qui ne sont pas encore pleinement caractérisés ;

  • adapter en permanence les mesures de prévention, en fonction de l’évolution du travail, des organisations et des technologies.

Ainsi, le caractère « émergent » d’un risque n’exonère en aucun cas la responsabilité de l’entreprise. En cas de dommage, l’absence de prévention peut être interprétée comme un défaut d’anticipation.

 

Un enjeu humain et économique majeur

Les risques professionnels émergents ont des conséquences souvent moins visibles mais profondément structurantes pour les organisations.

Ils peuvent entraîner :

  • des atteintes à la santé difficiles à diagnostiquer, notamment psychiques ou multifactorielle ;

  • une augmentation de l’absentéisme, des arrêts longs et des situations d’inaptitude ;

  • un turnover accru, lié à la perte de sens, à l’épuisement ou au désengagement ;

  • une dégradation de l’image employeur et de l’attractivité de l’entreprise ;

  • des coûts indirects élevés : désorganisation, perte de compétences, tensions sociales, contentieux.

Investir dans la prévention des risques émergents, c’est donc préserver durablement le capital humain et la performance globale de l’entreprise.

Les principaux risques professionnels émergents à surveiller

Risques liés aux nouvelles organisations du travail

Télétravail et travail hybride

Le télétravail et les organisations hybrides ont profondément transformé les conditions de travail.
S’ils offrent de la flexibilité, ils génèrent également de nouveaux risques, souvent sous-estimés :

  • isolement professionnel et affaiblissement du collectif de travail ;

  • allongement du temps de travail réel, lié à la difficulté de poser des limites ;

  • porosité entre vie professionnelle et vie personnelle, source de fatigue chronique ;

  • surcharge cognitive, due à la multiplication des outils numériques et des sollicitations.

Ces facteurs favorisent l’apparition de risques psychosociaux, de fatigue mentale, de troubles du sommeil et d’une dégradation progressive de la santé.

 

Intensification et fragmentation du travail

Les organisations modernes exposent de plus en plus les salariés à :

  • une multiplication des outils numériques et des canaux de communication ;

  • des sollicitations permanentes, parfois contradictoires ;

  • des objectifs multiples et changeants ;

  • une perte de lisibilité et de sens du travail.

L’intensité du travail devient ainsi un facteur de risque à part entière, même en l’absence d’accident ou de contrainte physique apparente.

Risques psychosociaux émergents

Évolution des formes de mal-être au travail

Les risques psychosociaux ne se limitent plus au stress ponctuel. De nouvelles formes de souffrance apparaissent :

  • burn-out (épuisement par surcharge),

  • bore-out (épuisement par sous-charge),

  • brown-out (perte de sens),

  • éco-anxiété, liée aux enjeux environnementaux,

  • anxiété face à l’incertitude économique ou technologique.

Ces situations sont souvent :

  • diffuses,

  • silencieuses,

  • peu verbalisées,

  • détectées tardivement.

 

Management et risques émergents

Le management joue un rôle central dans l’émergence ou la prévention des risques.

Les pratiques managériales peuvent être :

  • un facteur de protection, lorsqu’elles favorisent l’autonomie, la reconnaissance et le dialogue ;

  • ou un facteur aggravant, en cas de contrôle excessif, d’injonctions paradoxales, de manque de clarté ou de reconnaissance.

La prévention passe donc nécessairement par une évolution des pratiques managériales.

Risques technologiques et numériques

Hyperconnexion et surcharge informationnelle

La généralisation des outils numériques expose les salariés à :

  • des notifications permanentes,

  • des réunions virtuelles en chaîne,

  • une pression de la réactivité immédiate.

Ces situations favorisent :

  • la fatigue cognitive,

  • les troubles de l’attention,

  • le stress chronique.

 

Intelligence artificielle et automatisation

L’introduction de l’IA et de l’automatisation peut générer :

  • une perte de repères professionnels,

  • une crainte de déclassement ou d’obsolescence,

  • une dépendance excessive aux systèmes automatisés,

  • de nouvelles erreurs humaines, liées à une confiance excessive dans l’outil.

Les impacts humains, organisationnels et psychologiques de la technologie sont encore largement sous-estimés.

 

Risques liés aux évolutions environnementales

Changement climatique et conditions de travail

Les entreprises doivent désormais intégrer des facteurs environnementaux nouveaux :

  • épisodes de chaleur intense,

  • dégradation de la qualité de l’air,

  • événements climatiques extrêmes.

Ces conditions augmentent les risques :

  • de malaises,

  • d’accidents,

  • de baisse de vigilance et de performance.

 

Exposition à de nouveaux agents

L’innovation technologique entraîne l’utilisation de :

  • nouveaux matériaux,

  • nanomatériaux,

  • substances chimiques encore mal documentées.

L’absence de données complètes impose une logique de précaution renforcée, intégrée dès l’évaluation des risques.

 

Comment intégrer les risques émergents dans la démarche de prévention

Adapter l’évaluation des risques (DUERP)

Le Document Unique doit devenir un outil vivant et prospectif. Il doit :

  • intégrer les évolutions organisationnelles, numériques et environnementales ;

  • croiser données terrain, retours salariés et signaux faibles ;

  • être mis à jour régulièrement, et pas uniquement après un accident.

 

Impliquer les acteurs de terrain

Les salariés sont souvent les premiers capteurs de risques émergents.
Les leviers efficaces incluent :

  • groupes de travail,

  • retours d’expérience,

  • espaces de discussion sur le travail réel.

 

Former et outiller le management

Les managers doivent être accompagnés pour :

  • détecter les signaux faibles,

  • adapter leurs pratiques,

  • réguler la charge de travail,

  • maintenir le lien social et le sens.

 

Passer d’une prévention réactive à une prévention prospective

Changer de posture

La prévention des risques émergents repose sur :

  • l’anticipation plutôt que la réaction,

  • la compréhension fine du travail réel,

  • une approche systémique, intégrant organisation, management et conditions de travail.

 

Mesurer autrement

Au-delà des indicateurs classiques (AT, MP), il est essentiel de suivre :

  • le climat social,

  • les indicateurs de charge et d’engagement,

  • les signaux de désorganisation.

 

Risques émergents : un levier de performance durable

Les entreprises qui anticipent les risques professionnels émergents :

  • protègent durablement la santé des salariés,

  • renforcent leur résilience organisationnelle,

  • améliorent leur performance globale,

  • construisent une culture prévention crédible, moderne et pérenne.

 

Conclusion – Anticiper les risques émergents, un choix stratégique pour l’entreprise

Les risques professionnels émergents ne relèvent ni de la prospective lointaine ni de la simple tendance. Ils sont déjà à l’œuvre dans les entreprises, parfois sans être clairement nommés ni intégrés dans les démarches de prévention existantes.

Les ignorer expose les organisations à :

  • des atteintes à la santé difficiles à réparer,

  • une dégradation progressive du climat de travail,

  • une perte de performance durable,

  • et un risque juridique accru en cas de sinistre.

À l’inverse, les entreprises qui choisissent d’anticiper ces risques font un choix stratégique fort. Elles passent d’une prévention réactive, centrée sur l’accident, à une prévention prospective, tournée vers l’avenir du travail réel.

Cela suppose :

  • une évaluation des risques dynamique et vivante,

  • une écoute attentive des signaux faibles,

  • une implication forte du management,

  • et une articulation cohérente entre organisation, conditions de travail et santé.

Les risques professionnels émergents doivent être abordés non comme une contrainte supplémentaire, mais comme une opportunité d’amélioration durable : amélioration des conditions de travail, renforcement de l’engagement des équipes, sécurisation des transformations, et construction d’une véritable culture de prévention.

Chez Winlassie, nous accompagnons les entreprises dans cette démarche exigeante mais essentielle, en aidant à identifier, analyser et prévenir les risques professionnels émergents, au plus près des réalités du terrain et dans le respect du cadre réglementaire.

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