Dans de nombreuses organisations, la gestion des risques QHSE repose encore largement sur des documents : DUERP, procédures, plans de prévention, analyses de risques, tableaux Excel. Ces supports sont indispensables, mais ils ne garantissent pas à eux seuls la maîtrise réelle des risques.
Le constat est fréquent : des documents conformes, parfois très bien construits, coexistent avec des pratiques terrain dégradées, des écarts répétés et des accidents qui continuent de se produire.
Passer d’une approche essentiellement documentaire à une approche terrain constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour rendre la gestion des risques QHSE réellement efficace, vivante et durable. Cela implique de recentrer la prévention sur le travail réel, les situations concrètes et les comportements, tout en conservant un cadre structuré.
Cet article propose une démarche complète pour transformer la gestion des risques QHSE et la faire évoluer vers une approche opérationnelle, partagée et orientée action.
Pourquoi l’approche documentaire atteint rapidement ses limites
Avant de construire une démarche terrain, il est essentiel de comprendre pourquoi l’approche documentaire seule ne suffit plus.
Des documents souvent déconnectés du travail réel
Les analyses de risques sont fréquemment réalisées :
hors du terrain,
à partir de modèles génériques,
sans observation fine des situations de travail.
Résultat : les risques identifiés sont parfois incomplets, mal hiérarchisés ou insuffisamment représentatifs des pratiques quotidiennes.
Une gestion des risques perçue comme administrative
Lorsque la prévention se limite à produire et mettre à jour des documents :
les équipes perçoivent la QHSE comme une contrainte,
les managers la considèrent comme un sujet annexe,
la responsabilité est reportée sur le service QHSE.
La prévention devient alors passive et perd son efficacité.
Une faible capacité à détecter les signaux faibles
Les documents sont statiques, alors que les risques évoluent :
changements d’organisation,
nouveaux équipements,
pression de production,
sous-effectif,
variabilité des situations.
Sans présence terrain, les signaux faibles passent inaperçus.
Ce que signifie réellement une approche terrain de la gestion des risques QHSE
Passer à une approche terrain ne consiste pas à supprimer les documents, mais à les mettre au service de l’action.
Une approche centrée sur les situations de travail
La gestion des risques terrain repose sur :
l’observation des tâches réelles,
l’analyse des écarts entre le prescrit et le réel,
la compréhension des contraintes opérationnelles.
Elle prend en compte ce que les salariés font réellement pour atteindre les objectifs, parfois en contournant des règles inadaptées.
Une prévention dynamique et continue
Contrairement à une approche documentaire ponctuelle (mise à jour annuelle du DUERP), l’approche terrain est :
régulière,
évolutive,
intégrée au quotidien.
Elle s’appuie sur des rituels, des échanges et des ajustements permanents.
Une responsabilité partagée
La gestion des risques n’est plus uniquement portée par le QHSE :
les managers deviennent acteurs de la prévention,
les équipes contribuent à l’identification des risques,
la direction soutient et arbitre.
Les piliers d’une gestion des risques QHSE orientée terrain
Pour réussir la transition, plusieurs leviers doivent être activés de manière cohérente.
Observer le travail réel de façon structurée
L’observation terrain est la base de toute prévention efficace.
Bonnes pratiques :
réaliser des observations de postes en situation réelle,
analyser les phases critiques et les interfaces,
intégrer les contraintes de temps, d’espace et de production,
dialoguer avec les opérateurs pour comprendre leurs arbitrages.
Ces observations permettent d’identifier des risques invisibles dans les documents.
Impliquer les équipes dans l’identification des risques
Les salariés sont les premiers experts de leur travail.
Leviers efficaces :
remontées d’observations terrain,
signalement des situations dangereuses,
analyses de presque-accidents,
groupes de travail participatifs.
L’implication renforce à la fois la qualité de l’analyse des risques et l’adhésion aux actions de prévention.
Faire évoluer le DUERP vers un outil vivant
Le DUERP reste un document réglementaire central, mais son usage doit évoluer.
Passer d’un DUERP figé à un DUERP utile :
mise à jour continue suite aux observations terrain,
priorisation claire des risques réels,
lien direct avec les plans d’actions,
exploitation en réunions managériales.
Un DUERP efficace est consulté et utilisé, pas seulement archivé.
Renforcer le rôle des managers de proximité
Les managers sont au cœur de la prévention terrain.
Leur rôle dans une approche terrain :
détecter les dérives quotidiennes,
intégrer la sécurité dans les arbitrages,
animer les échanges autour des risques,
déclencher et suivre les actions correctives.
Sans implication managériale, la gestion des risques reste théorique.
Passer d’une logique de conformité à une logique de maîtrise des risques
Une approche terrain implique un changement de posture.
Aller au-delà du respect des règles
Le respect des règles est nécessaire, mais insuffisant.
La question clé devient :
Les risques sont-ils réellement maîtrisés sur le terrain ?
Cela suppose d’accepter :
la variabilité des situations,
les adaptations locales,
les contraintes opérationnelles.
Traiter les causes organisationnelles
Les risques terrain sont souvent liés à :
surcharge de travail,
manque de moyens,
objectifs contradictoires,
organisation inadaptée.
Une prévention efficace agit sur ces causes, pas uniquement sur les comportements individuels.
Piloter la gestion des risques terrain avec les bons indicateurs
Une approche terrain doit être mesurée pour rester efficace.
Indicateurs orientés prévention
Au-delà des accidents, il est essentiel de suivre :
nombre et qualité des observations terrain,
taux de remontée des presque-accidents,
délai de traitement des actions,
taux de réalisation des visites sécurité,
récurrence des situations à risque.
Ces indicateurs reflètent le niveau réel de maîtrise.
Exploiter les données pour ajuster la prévention
Les données terrain permettent :
d’identifier les zones à risque,
de prioriser les actions,
d’évaluer l’efficacité des mesures mises en place.
L’analyse doit être partagée avec les managers et les équipes.
S’appuyer sur des outils QHSE pour structurer l’approche terrain
La digitalisation est un levier clé, à condition qu’elle serve le terrain.
Ce que doit permettre un outil QHSE
Un outil efficace facilite :
la remontée rapide des informations terrain,
la centralisation des risques et actions,
le suivi des plans d’actions,
la traçabilité pour les audits,
la visualisation des tendances.
Il renforce la continuité entre terrain et pilotage.
Conclusion : une gestion des risques QHSE efficace se construit sur le terrain
Passer d’une approche documentaire à une approche terrain ne signifie pas abandonner les outils et les exigences réglementaires. Il s’agit de redonner du sens et de l’efficacité à la gestion des risques en la reconnectant aux situations de travail réelles.
Une gestion des risques QHSE performante est :
vivante,
participative,
pilotée par les managers,
soutenue par des outils adaptés,
et orientée action.
C’est en observant, en dialoguant et en ajustant en continu que les organisations parviennent à réduire durablement les risques et à renforcer leur culture QHSE.